Créatrice et rédactrice chez Games Squad !
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Nous tenons tout d’abord à remercier chaleureusement nos contacts chez Kinepolis Bruxelles ainsi que Day One MPM pour leur confiance et l’invitation à découvrir Backrooms en avant-première.
Backrooms est à l’origine un simple malaise visuel devenu un véritable phénomène d’Internet. Une image banale, presque anodine : un open space vide, une moquette jaunâtre, des néons agressifs… et cette sensation immédiate que quelque chose ne va pas. De là est né un mythe, celui d’un espace infini dans lequel on se retrouve piégé après avoir “glitché” hors de la réalité. Un monde sans logique, sans sortie, où chaque pièce ressemble à la précédente, et où le temps semble ne plus exister.
Derrière cette adaptation, on retrouve Kane Parsons, un jeune créateur qui s’est d’abord fait connaître sur YouTube avec ses vidéos inspirées des backrooms. Âgé d’à peine une vingtaine d’années, il s’est imposé grâce à une approche visuelle déjà très maîtrisée et une capacité à traduire une peur abstraite en images concrètes. Avec ce premier long-métrage, il tente de conserver cette essence : une horreur basée sur l’atmosphère, le vide et l’inconnu, plutôt que sur des codes traditionnels.
Le film suit Clark, incarné par Chiwetel Ejiofor, dont la réalité commence peu à peu à se fissurer après une découverte troublante. À ses côtés, Mary, jouée par Renate Reinsve, tente d’apporter une lecture rationnelle à ce qui semble justement échapper à toute logique. Mais très vite, le film abandonne toute narration classique pour plonger le spectateur dans quelque chose de beaucoup plus diffus, presque hypnotique. Ici, il ne s’agit pas tant de comprendre que de ressentir, de se laisser happer par une désorientation constante.
Et c’est précisément dans cette approche que Backrooms impressionne le plus, du moins dans sa première moitié. L’immersion est totale. La direction artistique est d’une redoutable efficacité : lumière jaune agressive, bourdonnement permanent des néons, répétition visuelle oppressante, objets déplacés et hors contexte… Tout est pensé pour créer un malaise presque physique. Le film prend son temps, mais ce choix est payant. Il installe une tension lente, insidieuse, qui s’infiltre progressivement. Certaines séquences marquent durablement, notamment cette impression de descente infinie, où l’espace semble se déformer et perdre toute cohérence. À ce moment-là, le film est totalement fidèle à l’esprit des backrooms et propose une expérience immersive rare.
La mise en scène participe largement à cette réussite. Le film alterne entre des plans caméra à la main, bruts et instables, qui rappellent immédiatement l’énergie de REC, et des cadrages beaucoup plus rigides, presque froids, qui renforcent le côté artificiel et inhumain des lieux. Ce contraste fonctionne parfaitement et accentue le sentiment d’inconfort. La bande-son, quant à elle, reste minimaliste pendant une grande partie du film, laissant le silence et les sons ambiants installer une tension sourde, avant de se faire plus présente dans la dernière partie.
Côté interprétation, Chiwetel Ejiofor livre une performance solide et crédible, essentielle pour maintenir un ancrage humain dans un univers aussi abstrait. Renate Reinsve, malgré une intention intéressante dans son rôle de psychiatre, reste plus en retrait et moins marquante à l’écran. Les personnages secondaires, eux, souffrent d’un manque de développement évident, ce qui limite l’attachement émotionnel et renforce l’impression que le film privilégie l’ambiance au détriment de ses figures humaines.
Mais là où Backrooms parvient à captiver dans sa première moitié, il finit malheureusement par s’égarer dans sa seconde partie. Le film opère un virage vers une approche beaucoup plus psychologique, centrée sur le personnage, au détriment de l’exploration de cet univers pourtant fascinant. Ce choix casse une partie du mystère et de l’immersion qui faisaient toute la force du début. On quitte progressivement cette sensation d’infini inconnu pour entrer dans quelque chose de plus interprétatif, presque plus classique. En parallèle, l’introduction des monstres n’aide pas à maintenir la cohérence : non seulement ils ne sont pas fidèles à l’univers original des backrooms, mais leur présence semble en décalage avec l’atmosphère installée jusque-là. Le mystère laisse place à quelque chose de plus concret, et paradoxalement, moins marquant.
Ce basculement est d’autant plus frustrant que le film montrait un potentiel énorme. Là où il brillait par sa capacité à suggérer, à perdre le spectateur dans un espace incompréhensible, il choisit finalement de recentrer son propos, au risque de perdre son identité. Backrooms devient alors un film à deux visages : une première moitié immersive, oppressante et parfaitement maîtrisée, suivie d’une seconde partie plus discutable, qui s’éloigne de ce qui faisait sa singularité.
Malgré cela, l’expérience reste marquante. Le film parvient à capturer une sensation rare, notamment pour les amateurs de jeux vidéo : celle d’être coincé dans un espace qui ne devrait pas exister, comme un niveau cassé de la réalité. Et même si tout n’est pas parfaitement abouti, cette immersion suffit à laisser une trace.
Backrooms est donc un film frustrant, mais intéressant. Fascinant dans ce qu’il propose au départ, plus discutable dans la direction qu’il prend ensuite, il reste une œuvre à part, qui mérite d’être découverte, ne serait-ce que pour son ambiance et sa proposition unique.
Conclusion
En conclusion, Backrooms est une expérience aussi fascinante que frustrante. Le film parvient, dans toute sa première moitié, à capturer avec justesse l’essence même de cet univers si particulier : un espace infini, dérangeant, presque irréel, où le spectateur se perd autant que les personnages. L’ambiance, la direction artistique et la mise en scène y sont particulièrement réussies, offrant de vrais moments de tension et une immersion rare.
Malheureusement, cette promesse s’effrite dans sa seconde partie, qui opte pour une approche plus psychologique et recentrée sur le personnage, au détriment de l’exploration de cet univers pourtant si riche. Ce changement de direction, accompagné de choix discutables autour des monstres — peu fidèles à l’œuvre originale —, vient casser une partie de la magie installée jusque-là. C’est d’autant plus frustrant que le film donnait vraiment l’impression, au départ, de pouvoir nous emmener beaucoup plus loin, de plonger encore davantage dans les profondeurs des backrooms et d’exploiter tout leur potentiel.
Malgré cela, une ouverture reste possible : on peut espérer qu’un second film viendra approfondir cet univers et nous faire explorer encore davantage les backrooms, en allant plus loin dans leur étrangeté et leur richesse visuelle.
Backrooms reste néanmoins une œuvre à part, portée par une vision forte et une vraie identité visuelle. Un film imparfait, mais suffisamment marquant pour mériter le détour, surtout pour les amateurs d’horreur atmosphérique et d’expériences sensorielles hors normes.
Note : 3,5 / 5
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